Rencontre avec le Genepi

Le 17 février, nous rencontrions trois membres du Genepi Poitiers. Leurs parcours respectifs sont hétéroclites et montrent la diversité des membres qui composent le Genepi. Justine, en M2 Criminologie & Victimologie est engagée au Genepi depuis 2 ans. Il en est de même pour Anaïs, en M1 Géographie des migrations internationales. C’est la première année d’engagement pour Elsa, en service civique à la PJJ. Le Genepi est une association étudiante qui milite pour le décloisonnement carcéral et pour la circulation des savoirs entre l’intérieur et l’extérieur. Ses bénévoles portent véritablement une parole politique, à travers des actions militantes.

  • L’action en détention

Elle s’opère en principe via l’organisation d’ateliers sociaux-culturels. Le Genepi refuse de donner des cours et ce, pour plusieurs raisons. Premièrement parce que l’Etat est débiteur d’une obligation d’enseignement aux personnes incarcérées et deuxièmement parce que le but est d’instaurer une relation de confiance, en établissant et en entretenant un rapport horizontal avec les détenus. Le but ? Ouvrir la prison sur l’extérieur, témoigner de ce qui se passe en détention.

L’intervention en détention a toutefois cessé depuis un an au centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne. En effet, les membres du Genepi étaient limités dans leurs actions. Par exemple, l’administration pénitentiaire avait autorisé un « atelier-poterie », ironiquement, en interdisant parallèlement l’entrée des matériaux nécessaires à la création. Aucune raison n’a été donnée. On interdit les débats, le partage d’idées, la parole et la pensée. Le Genepi Poitiers a donc pris la décision de ne plus intervenir sous certaines limites basses : si des sanctions sont prononcées contre les détenus qui ne participent pas aux activités, en cas de fouilles à nu avant ou après les ateliers, si lesdits ateliers sont sous vidéo-surveillance (retrouvez leur communiqué de presse ici).

  • L’action à l’extérieur : les ISP = Information-Sensibilisation au Public
    (à retrouver via leur revue « Passe-Murailles »).

L’année dernière, le Genepi est intervenu dans trois collèges, ce qui devrait être renouvelé cette année. C’est ce que l’on appelle les « ISP scolaires » : c’est le moment de « casser les clichés » sur la détention aux yeux des adolescents, des moments de partage où les collégiens s’expriment et découvrent, souvent pour la première fois, la réalité du monde carcéral.

Le 27 novembre 2017, une conférence fut organisée à la Faculté de Droit du centre-ville de Poitiers, sur la sensibilisation du public quant à la question des détenus politiques basques. Nous y avons assisté : BAGOAZ, la LDH, ainsi que des familles de détenus étaient également présents.

Le 10 décembre 2017, Place de la République à Paris (photo de l’article), le Genepi a manifesté pour dénoncer les morts en prison : une membre listait les noms de détenus morts en prison, la date ainsi que le contexte de leur décès. A chaque nom énoncé, un autre membre tombait et lâchait un ballon dans le ciel. Le but était de dénoncer les manquements de l’Etat dans son obligation de prévenir le suicide en prison.

Et, du 27 mars au 6 avril 2018, un festival sera organisé à Poitiers,
le « Printemps des Prisons » :

printemps prisons

  • Vient maintenant le moment où nous souhaitons publier des témoignages :

Samantha (Genepi Blois) :  Mon binôme et moi-même intervenions en détention pour du tutorat-code de la route avec les détenus. Ainsi, le matériel que nous utilisions devait impérativement être rangé 5 minutes avant la fin de l’activité. Si d’habitude, les surveillants pénitentiaires venaient effectivement les chercher à l’heure, il y eut une fois, où ils ne sont arrivés que 20 minutes plus tard. Pour ne pas prendre le risque que les DVD et livres de code ne soient pas rangés à l’arrivée des surveillants, nous avons entrepris d’en apprendre plus sur eux, et sur leur projet professionnel. L’un disait vouloir devenir routier, aussi obtenir son code était impératif. Le deuxième… Appelons-le William. 19 ans, il ne lui restait plus que quelques mois de détention  à effectuer. « Et toi William, tu comptes travailler où en sortant ? ». Il a pris quelques secondes de silence avant de nous répondre « Je sais pas, franchement je sais pas ». Ce jour-là je me suis dit que William, 19 ans, jeune mais déscolarisé, serait seul à sa sortie. Je me suis dit qu’à défaut d’accompagnement, William se retrouverait certainement dans un environnement favorable à la récidive, et que mes collègues du Genepi le retrouveraient l’année suivante dans cette même maison d’arrêt…

Solène (Genepi Blois) : Durant mon dernier semestre au sein du GENEPI, j’intervenais avec deux autres étudiants et nous organisions une activité « jeux de société ». Au fil des semaines, nous retrouvions les mêmes personnes. C’est ainsi que, petit à petit, nous avons pu instaurer un lien de confiance entre nous. Lors de notre dernière intervention, à l’issue de celle-ci et alors que nous nous apprêtions à partir, deux d’entre eux, à peine plus âgés que nous, nous tendirent un papier sur lequel était inscrit « Merci d’être venus pour nous toutes les semaines. Vous allez nous manquer ». Ces deux jeunes hommes regrettaient la fin de nos séances de jeu car ils nous confièrent que cet atelier était, pour eux, un lien avec l’extérieur ; le seul qui leur restait. Ils n’avaient que très peu de parloir et nous étions, pour eux, la seule et unique petite parenthèse dans l’exécution de leur peine. C’est à ce moment précis que j’ai pris conscience que les interventions du Genepi étaient nécessaires et utiles. Les activités et les visites en détention sont un lien avec l’extérieur qu’il convient de préserver. Ce dernier est en effet essentiel dans la préparation du futur des détenus, en dehors des portes de la maison d’arrêt.

Justine (Genepi Poitiers) : On est assis-e-s sur les marches, devant la faculté de Nanterre. Certain-e-s pleurent, d’autres rient, un vent de révolte souffle parmi nous. Ça finit toujours comme ça, un week-end de formation Genepi. Le résultat d’un bouillonnement de militantisme, de débats jusqu’au bout de la nuit et de prises de conscience. Et toujours ces mêmes questions qui reviennent : Mais pourquoi ? Pourquoi n’apprenons-nous pas l’humanisme et l’altruisme à l’école ? Pourquoi sommes-nous si peu nombreux à essayer d’agir ? Et en parlant d’agir, cela a t’il vraiment une utilité ? Quelqu’un-e sort ces questionnements existentiels à voix haute. Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence nous englobent d’un cocon de bienveillance et nous rassurent : « Préservez-vous. C’est avec des gouttes d’eau qu’on fait un torrent ». On reste là encore longtemps, à discuter, et on prend conscience qu’ensemble on peut faire bouger les lignes petit à petit, en informant, en médiatisant, en se révoltant contre un système qui nous semble si injuste. Ce n’est que dans le métro du retour qu’abasourdi-e-s, chacun-e prend conscience qu’il va falloir retourner à sa réalité, bien loin de ce milieu si riche qu’est celui du militantisme, et se battre encore et encore contre les idées reçues pour faire avancer les choses. » Le Genepi organise des week-ends de formation autant au niveau local, régional que national, au nombre de 9 par an. Les membres s’auto-forment à l’aide d’outils d’éducation populaire afin de repenser la prison. Ce sont pour nous des moments indispensables à la formation des bénévoles et à la réflexion militante.

Anaïs (Genepi Poitiers) : Militante anti carcérale depuis plusieurs années, j’ai pu organiser de nombreuses Information Sensibilisation Public avec le Genepi. En novembre, nous avons organisé un ciné débat en présence du collectif Bagoaz ainsi que des proches de personnes incarcérées. Le Genepi essaie de ne pas parler à la place des personnes incarcérées et donc de leur proposer des espaces d’expression auprès du grand public, estudiantin ou non. Cette ISP permettait de mettre en lumière des témoignages de personnes incarcérées et de leurs proches dans le documentaire « Fenêtre à l’Intérieur » mais également au moment du temps d’échange. Le frère et le père de deux personnes détenues ont pu raconter leur double peine en tant que proche de détenu-e-s mais également leur quotidien qui s’articule autour de ce membre de la famille emprisonné si loin de leur domicile.

Nous souhaitons une bonne continuation au Genepi, et la concrétisation de leurs projets ! Rendez-vous ici pour tout savoir sur la formation au Genepi. 

Par Samantha Moravy et Ibrahim Shalabi. 

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